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Autobus de la STTR

Autobus de la STTR

Photo: Felipe Antaya



14 juillet 2008
« Trois-Rivières, c’est une ville de char! »
par Tomy Grenier

Cette citation, lancée par une Montréalaise suite à son séjour à Trois-Rivières, porte à réflexion. Elle vient aussi confirmer les résultats d’une expérience dans laquelle je me suis lancé en avril 2007; celle de vivre sans voiture et ce, dans une ville de région qu’est Trois-Rivières. Plusieurs déjà s’étonnent ou se questionnent sur la faisabilité. Certes, ce fut une situation qui a demandé certains changements dans mes habitudes de vie. Cette expérience ne fut pas une catastrophe, mais elle mit en perspective plusieurs lacunes du réseau de transport en commun au Québec. L’expérience fut à tout le moins très intéressante au plan économique. Mais elle en fut autre pour ce qui est de la disponibilité et l’efficacité de l’ensemble du service. N’empêche qu’il en fut une expérience que j’ose répéter cette année.

Organisation
Vivre sans voiture implique plusieurs changements au niveau organisationnel. Il faut d’abord trouver un appartement bien situé; près du travail et des endroits régulièrement fréquentés comme l’épicerie et certains établissements. Il faut aussi trouver des moyens alternatifs de transport : covoiturage, transport en commun local et interurbain, marche et vélo. Ceci implique de s’informer sur le fonctionnement de tout ce qui existe dans ces alternatives. La marche et le vélo vont de soi. Il s’agit de connaître les raccourcis et les endroits les plus appropriés pour le vélo et pour éviter le comportement des automobilistes parfois irrespectueux.

Pour ce qui est du covoiturage, il fut surprenant de voir que plusieurs réseaux étaient établis et bien fonctionnel. On peut penser à certains organismes comme Allo-stop1et AmigoExpress2 qui ont développé un réseau téléphonique ou un réseau via Internet (ou les deux) où les conducteurs et les passagers s’inscrivent et annoncent leurs offres ou leurs besoins de transport. Mais comme vous vous en doutez, les transports offerts sont davantage à destination ou en provenance des gros centres comme Montréal et Québec; on peut également ajouter Sherbrooke et Trois-Rivières. Mais déjà cette dernière année, le service s’est beaucoup étendu. Également, les étudiants du Comité de l’environnement—et autres partenaires—de l’Université du Québec à Trois-Rivières se sont munis du Réseau de Covoiturage qui semble plus répondre aux besoins régionaux3.

Cependant, c’est lorsqu’est venu le temps de s’informer et d’utiliser les moyens de transport en commun que la chose s’est corsée. On parle alors de deux niveaux de transport en commun : local et interurbain. Et, parmi le second, on retrouve principalement deux types de transport en commun : ferroviaire et routier.

Le transport en commun local
À première vue, le transport en commun local à Trois-Rivières n’est pas des plus efficaces. Plusieurs transferts et surtout détours sont nécessaires pour se rendre à l’endroit désiré. À un point tel qu’il est souvent plus rapide de faire le trajet à vélo ou à pied. À titre d’exemple, pour se rendre de l’UQTR au Cap-de-laMadeleine, on peut facilement compter de 45 minutes à une heure dépendamment où l’on veut se rendre. En vélo, on parle de 15-20 minutes et d’environ 60-75 minutes à pied. Bien entendu, on préférera prendre l’autobus plutôt que de le faire à pied. Mais n’empêche qu’il n’y a pas une grande différence de temps entre les deux modes de transport. Il est néanmoins intéressant de voir que la Société de Transport de Trois-Rivières (STTR) s’est dotée de navette dite « express bus » pour les heures de pointe. Cependant, si nous ne demeurons pas près des centres principaux de la ville, le service n’est pas accessible.

Le transport en commun interurbain
Le transport en commun interurbain en région (la Mauricie) est accessible via les autobus-voyageurs4 d’Orléans Express. Il est possible de se rendre par exemple à Shawinigan de Trois-Rivières pour environ 15$ à tarif régulier. L’horaire laisse toutefois à désirer. Il est difficile de faire l’aller-retour dans le même jour—à moins de ne faire que l’aller-retour—et les horaires ne sont pas très commodes. La première arrivée à Shawinigan en provenance de Trois-Rivières est à 13h50. Ce qui n’est pas très pratique pour les travailleurs ou simplement pour avoir le temps de profiter de la journée pour faire les activités prévues (n’oublions pas qu’on se transporte à pied ou avec le transport en commun de la ville). Notons qu’il n’y a pas de liens entre Trois-Rivières et la rive sud du fleuve Saint-Laurent pour ce type de transport; à moins de faire un détour par Montréal ou Québec.

Pour ce qui est du transport en commun ferroviaire (le train), la gare la plus proche est celle de Shawinigan. Et il est parfois difficile de se rendre à l’endroit désiré pour les journées voulues puisque le réseau n’offre pas de transport quotidiennement et les destinations sont très limitées. Et, pour ce qui est du prix, un voyage de Shawinigan vers Montréal coûte 22$ pour un aller si réservé trois jours à d’avance. Sinon, on compte 40$. Pour ce prix, on a presque l’aller-retour avec l’autobus et un horaire avec plus de disponibilités. On augmente l’écart plus on va loin dans le Québec. Par exemple, l’aller-retoure Montréal-Gaspé coûte au prix régulier 400$ et 220$ pour un billet réservé d’avance (appelé à tarif superescompte). Il est à noter qu’il est souvent difficile de se procurer quelques jours d’avance un billet à tarif superescompte. Pour le même parcours, mais en autobus, le prix régulier de s’élève à 195$.

Au court de cette année en calculant tous les moyens de transport utilisés (taxis, autobus de ville et interurbain, métro et location de voiture à la journée, etc.), il m’en a coûté pas moins de 1100$ pour me transporter dans Trois-Rivières, à Montréal, à Québec et dans la Haute-Gaspésie. Évidemment, la générosité des gens qui m’entourent et les marches fréquentes ont servi ma cause. Toutefois, je ne me suis pas gêné pour utiliser tous les moyens de transport lorsque j’en avais besoin. Donc, malgré les lacunes du réseau de transport dans l’ensemble de la région et du Québec, il est très économique de vivre ainsi. Et ce, même si un taxi est nécessaire pour faire l’épicerie hebdomadairement5. On a qu’à comparer avec ce qui en coûte pour l’utilisation d’une voiture et ce, même si elle est payée (l’entretient, les réparations, les assurances, l’essence, etc.) et on se rend vite compte qu’il y a toute une différence dans le budget; on obtient facilement le triple6.

Cet exercice fut donc très bénéfique pour mes revenus, l’environnement et ma forme physique. Il m’a aussi permis d’en tirer la conclusion que le transport en commun est encore très peu – voire trop peu – utilisé en région et qu’il nécessitera encore des changements en efficacité et dans l’accessibilité si l’on souhaite une utilisation plus accrue des citoyens. Ajoutons également un plus grand effort chez ces derniers. Devant les autobus, les pistes cyclables, les trottoirs presque vides et les voitures qui abondent dans la ville (plus souvent qu’autrement aux conducteurs solitaires), le titre prend son importance : Trois-Rivières est (comme la majorité des villes de région) une ville de char. Malgré tout, cette expérience m’a permis de prouver qu’il était tout de même possible avec un peu de volonté de vivre en région sans voiture. J’entame donc allégrement une deuxième année sans voiture.

1. www.allostop.com
2. www.amigoexpress.com
3. Allez voir : www.uqtr.covoiturage.ca
4. Pour ce qui nous concerne en Mauricie : www.orleansexpress.com
5. Ajoutez environ 500$ pour l’année.
6. D’après CAA en 2005, le coût annuel moyen d’une Cavalier Z24 (entretien et propriété) est d’environ 8 500$ avec un prix d’essence de 0,869$ le litre. Supposons que cette voiture est payée et qu’on calcule avec le prix actuel aux alentours de 1,464$ le litre et sans compter le coût de dépréciation annuelle, on obtient 3046,40$ par année si tout va bien avec la voiture.


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Dernière mise à jour : 06-02-2008 à 00 h 11