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Retour dans la région

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Photo: Benoit Simard



Jeudi le 15 mars 2007
Lutte contre l'exode rural
par Benoit Simard

Un programme a été créé, il y a maintenant 16 ans, pour contrer le phénomène qu'est l'exode rural. Il s'agit du programme Place aux jeunes qui est présent dans 70 MRC rurales des quatre coins du Québec. Place aux jeunes a pour mission de « lutter contre l'exode et influencer la migration des jeunes qualifiés au profit de l'ensemble des régions du Québec ». Ces principaux objectifs sont : de prévenir et freiner l'exode des jeunes vers les grands centres, de favoriser et promouvoir l'engagement social des jeunes en régions, de promouvoir et faciliter l'intégration des jeunes en région, de sensibiliser les jeunes, leur entourage et les acteurs locaux aux impacts de l'exode, et de stimuler la création d'entreprises en région.

L'exode rural des jeunes a bien sûr des impacts sociaux et économiques. Francis Lambert, agent de migration de Place aux Jeunes/Desjardins au Carrefour jeunesse-emploi de Shawinigan, nous indique que cela contribue au vieillissement de la population. Ce qui crée, par le fait même, l'absence d'une tranche de la population, les jeunes adultes, qui est apte à participer au développement économique. En considérant que les gens plus âgés n'investiront plus dans l'achat d'une maison, ou d'une nouvelle entreprise, l'apport des plus jeunes pourrait s'avérer bénéfique pour le roulement de l'économie. Le départ massif des jeunes adultes vers les grands centres engendre aussi un autre effet pervers : lorsqu'un important bassin de main d'œuvre, comme les jeunes adultes, quitte une région, les entreprises vont s'installer ailleurs et aucune autre ne sera portée à s'y établir à cause du faible nombre de travailleurs potentiels. Ceci diminue évidemment le nombre d'emplois disponibles et les jeunes ne sont alors pas tentés par un retour dans leur région d'origine. L'exode des jeunes contribue également à la perception du manque de dynamisme d'une région, ce qui n'est pas toujours le cas en réalité. C'est souvent par manque de connaissance d'une région, que l'on va croire que celle-ci est ennuyante et sans intérêt.

Pour pallier à cette grande ignorance et pour atteindre ses grands objectifs, Place aux Jeunes, soutenue entre autres par l'agent de migration d'une MRC, intervient à différents niveaux. D'abord, des séjours exploratoires sont offerts aux jeunes de 18 à 35 ans, originaires ou non de la région de retour convoitée. Ces séjours prennent place au mois de janvier, février et mars de chaque année, à raison d'une fin de semaine par mois. Ils permettent à 15 jeunes diplômés de la formation professionnelle, collégiale et universitaire, ou en voie de l'être, de « découvrir ou redécouvrir une région, développer des réseaux de connaissances ou de contacts avec des entrepreneurs et des employeurs éventuels, [pour ainsi] imaginer et préparer leur avenir en région ». Pour l'année 2004-2005, c'est 900 jeunes qui ont participé à 62 séjours exploratoires. Grâce à ces séjours, 91 stages ont été trouvés, 151 emplois décrochés et 80 entreprises ont démarré ou étaient en voie de démarrage.

Outre ces séjours exploratoires, qui nécessitent six mois d'efforts, le programme Place aux Jeunes offre un soutien individualisé. L'agent de migration favorise les contacts entre les chercheurs d'emploi, les stagiaires et les employeurs potentiels. Les employeurs ont aussi la chance de diffuser les postes à combler dans leur entreprise. Pour les jeunes ayant soif d'autonomie, Place aux jeunes offre le soutien nécessaire dans le démarrage d'une entreprise. En 2004-2005, c'est plus de 5000 employeurs qui ont été approchés. Même que, pour certains cas, un soutien a été offert pour la recherche d'un logement, d'une garderie et d'autres services indispensables.

Sur le plan de la prévention et de la sensibilisation en ce qui concerne l'exode, Place aux jeunes-Ados joue un rôle majeur. C'est un programme qui vise les jeunes de 14 à 17 ans désirant quitter la région pour la poursuite de leurs études postsecondaires. Il s'agit de créer chez ces jeunes un sentiment d'appartenance pour leur région et de les sensibiliser par la même occasion aux impacts de l'exode. On va les informer sur les domaines de la région dans lesquels il y a un avenir certain et sur les façons de s'impliquer pour améliorer des aspects qu'ils considèrent parfois négatifs pour leur vie en région. L'agent de migration terminera en quelque sorte le travail en sensibilisant l'ensemble de la population au phénomène de l'exode afin de rendre la région dynamique et ainsi favoriser le retour des jeunes vers leur patelin d'origine.

Voilà un survol des efforts fournis par les acteurs d'une MRC pour contrer l'exode des jeunes vers les grands centres. Est-ce que cette lutte pour contrer l'exode a réussi à réintégrer en région autant de jeunes qui en sont sortis dans les dernières années ? Selon Francis Lambert, il reste encore du travail à faire. Dans le cas de la Mauricie, qui se compare entre autres à la région de la Gaspésie, de la Côte-Nord et de l'Abitibi-Témiscamingue, la situation n'est pas stable. Selon les soldes migratoires, plusieurs années de pertes sont à rattraper. Pour l'année 2005-2006, c'est 6653 entrants en région contre 6160 sortants, ce qui nous donne un solde migratoire positif de 393 personnes qui ont décidé de rester. D'autres régions du Québec se vident et quelques-unes accueillent des centaines et même des milliers de nouveaux arrivants provenant des autres régions ou des grandes villes. La tendance à paqueter l'île de Montréal semble avoir été moins populaire dans la dernière année, alors que la métropole a perdu 22 730 de ses citoyens.

Pour conclure, Francis Lambert nous indique que l'acharnement à garder les jeunes en région doit aller au-delà du programme Place aux Jeunes. On doit créer une synergie entre les différents partenaires d'une région, soit les élus municipaux, les entreprises, les Centres locaux de développement, les organismes communautaires, etc., afin de causer une tendance qui va faire en sorte qu'une réelle motivation va émerger pour participer efficacement à l'atteinte de l'objectif ultime, qui est de « lutter contre l'exode et influencer la migration des jeunes qualifiés au profit de l'ensemble des régions du Québec ». En tant qu'agent de migration, Francis Lambert a de l'espoir à ce que le projet change ces dimensions et que les intervenants puissent fournir des efforts sur la rétention des jeunes plutôt que sur la lutte pour contrer leur départ prématuré.

    Références :
  • 1- Une entrevue a été réalisée avec Francis Lambert, agent de migration Place aux Jeunes/Desjardins au Carrefour jeunesse emploi de Shawinigan, le 27 février 2007.
  • 2- Le rapport annuel 2004-2005 de Place aux jeunes qui est disponible à l'adresse suivante : http://www.placeauxjeunes.qc.ca/fr/voir_contenu.asp?Contenu=30. Consulté le 6 mars 2007.
  • 3- Ibid
  • 4- Site web de l'Institut de la statistique du Québec :
    http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/demographie/migrt_poplt_imigr/migir_mrc_synthese_2005_2006.htm Consulté le 6 mars 2007.


Liens intéressants :
Accro des Régions
http://www.accrodesregions.qc.ca/
Place aux jeunes du Québec
http://www.placeauxjeunes.qc.ca

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Dernière mise à jour : 06-02-2008 à 00 h 11