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Morceau de branche Photo: Felipe Antaya Jeudi le 15 mars 2007 La nouveauté : une qualité en soi par Dominic Leblanc Vous retrouvez ces termes à peu près partout et sur tout : « Nouveau », « Nouvelle formule », « Formule améliorée ». Tous les produits et tous les services n'ont qu'une idée en tête : celle de se faire accoler l'adjectif de nouveauté. Si bien que la nouveauté, la fraîcheur, est en devenue une qualité en soi. Pour vendre un produit ou vanter ses mérites, plus la peine de se casser la cervelle à lui trouver le besoin auquel il répond. Plus la peine non plus qu'il possède des qualités lesquelles légitimeraient son utilisation, sa mise en marché, sa vente et son achat. La nouveauté : slogan de vente et mentalité d'achat. Ce culte de la nouveauté est ancré dans le plus profond de la culture occidentale, spécialement depuis le 18e siècle. Avec le développement de la science et des techniques, l'individu occidental a cru au progrès linéaire. On sortait du Moyen Âge, ce terrible « temps noir immobile » duquel il fallait à tout prix s'éloigner. Tout ce qui était nouveau (découvertes scientifiques, innovations technologiques, les nouvelles idées, les nouvelles formes d'organisations politiques et économiques, etc.) était par nature bon et nécessaire. Les scientifiques et les intellectuels de cette période ont scandé la perfectibilité illimitée de l'Homme. La nouveauté et l'innovation seraient justement la manifestation du toujours plus parfait. Loin d'être enfouie, cette vision de l'Histoire nous colle à la peau quotidiennement. Elle a été si bien intériorisée qu'elle est perçue, par la majorité des individus, non plus comme une idéologie, une façon de percevoir le changement, mais plutôt comme une « évidence », comme un « allant de soi ». Changer, c'est évidemment toujours vers le mieux. Les produits de consommation n'ont même plus à répondre à des besoins précis ou à posséder de véritables qualités. La nouveauté vous est présentée comme une qualité en soi. Si c'est nouveau, c'est évidemment bon et surtout, meilleur que ce qui est plus ancien. Vous le savez bien, une société de production et de consommation de masse à bien sûr besoin de toujours créer des choses à vendre. Notre goût culturel pour la nouveauté et les innovations lui rendent la pareille. Cette vision du changement qualifie par le fait-même de conservateurs, de rétrogrades ou de nostalgiques les individus qui ne l'épousent pas. On dit même qu'il faut « s'adapter » aux changements et « évoluer ». Un enseignant qui n'utilise pas Power Point est considéré comme un moins bon pédagogue que celui qui s'en sert. Refuser de payer avec sa carte de crédit sur Internet, c'est être et paranoïaque et vieux-jeu. Il n'y a pas que les produits de consommation qui soient considérés comme meilleurs lorsqu'ils sont nouveaux. Il en est de même pour les idées, les valeurs, les comportements et les modes de vie. Àtre nationaliste au 21e siècle, c'est être enfermé dans le passé. S'affirmer contre la possibilité qu'un couple homosexuel puisse adopter un enfant, c'est soit être homophobe ou arriéré. Refuser le clonage, c'est refuser à la science de progresser. Il n'est pas question ici de débattre sur ces sujets et ceux-ci n'ont été mentionnés qu'à titre d'exemple. L'objectif est plutôt de se conscientiser en vue de rester critiques envers le constant changement qui nous est présenté. Ceci n'est pas l'apologie d'une stagnation. Encore moins d'un traditionalisme ou d'un conservatisme. C'est plutôt un aide-mémoire critique qui veut rappeler que le culte du nouveau et du progrès colle à l'Occident depuis près de trois siècles. Il est devenu de plus en plus sournois. Il ne parle plus explicitement du progrès de l'Homme par son intelligence et sa capacité à cogiter. Il reste que ce mythe du progrès de l'humanité, autrefois l'apanage des intellectuels, s'est redirigé vers des sphères de la quotidienneté : les achats, les modes de vie, les opinions, etc. Il n'y a pas d'institutionnalisation sans mythe disaient Roland Barthes et Fernand Dumont il y a déjà quelques années. Or, le mythe sur lequel repose le culte du nouveau est désormais bien à découvert. C'est celui du progrès et du culte de la science. |
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