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Mode de scrutin Photo: Tomy Grenier (Montage) 15 mai 2007 La loterie électorale du Québec : 2 votes sur 3 sont perdants par Tomy Grenier Imaginez que vous devriez aller voter le jour des élections et que votre vote ne servait à rien. Pis encore ! Ce serait le cas de deux de vos voisins sur trois. Qu'en penseriez-vous ? Ce procédé électoral vous semblerait-il juste ? Est-ce que ceci vous encouragerait à aller voter aux prochaines élections ? Probablement que non. Vous en viendriez à développer une forme de cynisme envers la politique puisque votre opinion politique et sociale ne serait aucunement écoutée, ni représentée. Ce scénario n'a rien de farfelu. C'est ce qui se fait présentement dans le système électoral du Québec. En fait, ce système fonctionne un peu comme une loterie pour les électeurs : si votre candidat gagne, votre vote est gagnant et en cas contraire, votre vote est perdant et nullement considéré. L'arrivée avec force d'un troisième parti sur l'échiquier politique, l'Action Démocratique du Québec (ADQ), vient de nous offrir un éclaircissement sur les limites de notre système électoral. Les 2/3 des votes1 des dernières élections provinciales ont été jetés sans que ceux-ci aient eut un poids quelconque dans les résultats électorales et les décisions qui en suivront. C'est donc dire que 2 personnes sur 3 sont allées voter pour rien (environ 2,65 millions de personnes). Comment cela peut-il arriver ? Les élections étaient à peine terminées‚Äîvoire commencées‚Äîque le débat était déjà lancé. Le problème c'est notre système électoral; vous en convenez. Mais en quoi est-il défectueux ? Aux dernières élections Prenons un cas concret. Dans le comté Rouyn-Noranda-Témiscamingue, la députée péquiste Johanne Morasse a été élue avec seulement 129 votes de majorité (9481 votes). Suivait donc de près avec 9352 votes, Daniel Bernard, député sous la bannière du Parti libéral du Québec (PLQ). Non loin au troisième rang, Mario Provencher de l'ADQ obtenait 7 687 votes. Quant à France Caouette de Québec solidaire, elle récoltait 2117 votes. Que veulent dire ces résultats ? Ils rappellent parfaitement notre scénario d'entrée. Seule la députée Morasse aura une voix à l'Assemblée. Les trois autres représentants rentreront bredouilles. Ainsi, c'est un total de 19 156 votes qui sont laissés sans voix puisque seuls les votants pour de Johanne Morasse seront représentés à l'Assemblée nationale. On peut facilement avancer que ce seront seulement les idées des électeurs gagnants qui seront entendues à Québec. Donc, ce sont deux tiers des votes qui n'auront aucun impact dans les décisions politiques. On pourrait appliquer ce constat à la plupart des résultats des autres comtés. À l'exception de quelques-uns, la majorité des résultats contiennent une proportion considérable des votes pour les trois partis de tête, peu importe le parti élu. Le mode de scrutin actuel Le système électoral en vigueur au Québec est le scrutin majoritaire uninominal à un tour. Ce qui veut dire qu'avec un vote (un tour), nous n'élisons qu'une personne (uninominal), un député ou un parti. Ce dernier est élu s'il obtient la majorité des voix (50% + 1). De plus, avec un seul « X », nous choisissons un député, un parti et un Premier ministre. Ce système ne soulevait pas trop de questions tant qu'il n'y avait que deux partis qui s'échangeaient le pouvoir d'une élection à l'autre. L'ADQ en a fait soulever davantage depuis son arrivée en force dans la campagne électorale . Avec trois partis, un député‚Äîet un parti‚Äî est élu même s'il n'obtient que 33%+1 des votes. Ainsi, il est loin d'être réellement majoritaire. Ceci est sans compter les autres partis qui font aussi partie de la campagne. Les tiers partis Le choix des votes est restreint et le résultat électoral n'est pas représentatif des idées des électeurs. Sur le scrutin, on est limité qu'à faire qu'un choix; un seul « X » est permis. Par exemple, on ne peut soutenir un parti sans voter pour son député. Et ce, même si on juge qu'il n'a pas les compétences d'un député. De plus, le pluralisme politique2 n'est certes pas soutenu dans le système actuel. C'est-à-dire que, même si la population du Québec votait avec un pourcentage considérable pour un parti et que malgré ceci aucun candidat n'est élu, le parti n'aura aucun siège à l'Assemblée nationale. Autrement dit, les idées de ces partis seront fort probablement ignorées. Un nouveau mode de scrutin ? Bien que le débat est ancien, il est davantage soulevé depuis les dernières élections. La Commission Béland3 avait apporté en 2002-2003 des pistes de solutions intéressantes. En plus d'une date fixe pour les élections et bien d'autres choses, elle conseillait de prendre en considération le pourcentage global des votes pour chaque parti dans l'ensemble de la province; la proportion. Les partis devraient donc recevoir des sièges en fonction de la proportion de votes qu'ils auraient obtenus. Depuis, les idées ont fait leur chemin en ce sens. Aujourd'hui, ce qui est proposé et que l'on retient, c'est une variante du système électoral mixte: on combinerait une variante du scrutin majoritaire à une variante de représentation proportionnelle. Présentement, le scénario le plus discuté est une réforme de la carte électorale qui serait répartie en 75 circonscriptions au lieu de 125 comme en ce moment. Ceci libérerait 50 sièges à l'Assemblée. Ces 50 sièges qui resteraient en surplus seraient attribués aux partis selon le pourcentage de voix qu'ils auraient obtenu dans la population. Ce mode de scrutin mixte permettrait à la fois d'élire des députés comme on le fait présentement et de permettre que les idées politiques soutenues dans l'ensemble du Québec soient représentées à travers les décisions politiques prises à Québec. Bien entendu, plusieurs autres scénarios sont soutenus par différents politicologues et gens intéressés par la chose politique. Certains souhaiteraient que le scénario ci-haut offre 50% de sièges élus par majorité et l'autre moitié de sièges pour la représentation proportionnelle. Certains vont plus loin et soutiennent un autre scénario : 50% de députés contre 50% de citoyens. C'est-à-dire que l'on comblerait la moitié des sièges par des députés et l'autre part par des citoyens de toutes origines (ethnie, genre, milieu, etc.). Monsieur et Madame Tout-le-monde seraient alors directement impliqués dans le processus démocratique. Conclusion Chose certaine, plusieurs idées fusent. Certaines personnes supportent aussi l'idée qu'il y ait plus qu'un député par circonscription selon les résultats. Évidemment, ces circonscriptions seraient plus grandes et moins nombreuses. Bref, comme on le voit, le débat est bien lancé. Il nous reste plus qu'à s'y intéresser et à s'assurer que la volonté politique sera de la partie chez nos élus. Une telle réforme paraît nécessaire. Toutefois, aucun mode de scrutin est parfait, mais si nous pourrions l'améliorer, nous serions plus avantagés et notre voix et nos idées auraient au moins un endroit pour se faire entendre.
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