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Vue sur le fleuve Saint-Laurent Photo: Tomy Grenier 15 mai 2007 Fleuve à vendre par Felipe Antaya Le réseau hydrographique est impressionnant au Québec, en partie grâce à la présence d'un des plus imposants fleuves d'Amérique du Nord : le St-Laurent. Cependant, à qui appartient vraiment ce fleuve ? En effet, nous avons appris que l'armée américaine est en train de mettre en place une étude afin de financer le dragage du St-Laurent. Une question s'impose donc à nous : quel rôle nos élus jouent-ils dans ce dossier ? Mais avant toute chose, voici un bref historique du dragage du fleuve St-Laurent. D'abord, lors de leur arrivée sur le continent, les premiers colons ont affronté plusieurs embûches (rapides, chutes, etc.) sur le St-Laurent. Celles-ci rendent difficile le passage naval vers le Sud puisque le fleuve en est alors la seule voie d'accès. Puis, sous le régime britannique, suite à la conquête, cette voie a été apprivoisée grâce aux plusieurs canaux (4) qui sont construits afin de franchir ces obstacles. Le parcours du St-Laurent, sur toute sa distance, est désormais possible. Malgré tout, dans les années 1950, avec l'élargissement des marchés commerciaux américains, le réseau maritime laurentien, jadis considéré comme grandiose, devient désuet. En effet, les Canadiens et les Américains voient la possibilité d'agrandir leur marché sur tout le continent par la création d'une jonction du St-Laurent avec des fleuves qui convergent vers les Grands Lac : les fleuves Ohio et Mississipi. Ce projet de dragage est d'abord refusé par le Congrès américain. Puis, la volonté du gouvernement canadien de procéder à ce dragage pousse les Américains à prendre part à ce projet d'envergure. Ainsi, en 1954, suite à cette entente canado-américaine, le projet de relier les marchés nord américains par voie maritime, et du même coup, celui de draguer en profondeur et en largeur le St-Laurent, était lancé. Le transport massif de marchandises à l'intérieur des frontières nord-américaines est désormais possible. Toutefois, vers la fin des années 1990, alors que le marché est florissant et que les flottes sont de plus en plus imposantes, la voie du St-Laurent est jugée n'être plus assez profonde. Le gouvernement du Canada décide alors de faire creuser davantage (30 centimètres)1 cette voie entre Montréal et Trois-Rivières pour que de plus gros paquebots puissent arrimer à leurs ports respectifs et ainsi favoriser le commerce. Malgré la grogne des groupes écologistes à la défense de l'environnement marin, le projet est accepté, projet qui est bénéfique aux commerçants et aux hauts dirigeants canadiens et américains, mais négatif pour la faune et la flore maritimes. Par ailleurs, au début des années 2000, on apprend que l'armée américaine, de connivence avec le gouvernement canadien, investigue sérieusement un nouveau projet de dragage, celui-là encore plus imposant que les petits 30 centimètres des années 90. Oh oui, certains voisins du sud aimeraient bien que s'effectue le passage, sur le St-Laurent, de bateaux du type Panamax2 qui sont des cargos transatlantiques mesurant 965 pieds de longueur, 106 pieds de largeur et ayant un tirant d'eau de 12 mètres. Pour permettre leur passage, le chenal du fleuve doit être dragué sur toute sa longueur d'une profondeur d'environ 10 pieds et sur une largeur d'environ 60 pieds3. Selon les représentants de ce projet, ce mode de transport aurait un impact certain sur l'économie, car l'emploi de ces bateaux permettrait la réduction des coûts de transport, l'abondance de marchandises, tout comme il serait bénéfique au réseau routier qui serait alors soulagé d'une partie du transport par camions. Par contre, selon les groupes écologistes, le dragage du St-Laurent aurait des conséquences néfastes sur l'environnement : certaines rivières seraient vidées de leur contenu4, des espèces aquatiques périraient, des déversements encore plus massifs de carburant auraient lieu, le tirant d'eau de ces mastodontes influencerait la faune aquatique, etc. Bref, un bouleversement du système hydrographique aurait lieu, simplement pour une plus grande prospérité du commerce en Amérique du nord. Et nos élus canadiens dans tout cela ? Pour plusieurs, ils semblent apprécier ce projet même si, de prime abord, une telle enquête est commandée par des personnes n'ayant aucun droit de veto sur l'utilisation du territoire. Le ministre canadien des transports, un libéral, se défend en 2004 de la pertinence d'un tel projet car pour lui, « il est évident que la voie maritime prend de l'âge et que les coûts d'infrastructure augmentent. Il est important de préserver la viabilité économique de la voie maritime. L'étude conjointe évaluera les besoins d'entretien actuels de l'infrastructure de la voie maritime »5 Malgré le regroupement de toutes les MRC côtières du fleuve St-Laurent, qui voient venir les impacts mentionnés plus haut si ce projet se réalise, les élus fédéraux ne bronchent pas. Le dragage du St-Laurent dans la lignée de l'étude américaine sera bénéfique ... économiquement. En effet, comme l'a également dit le ministre libéral des transports à l'époque, « la voie maritime est économiquement importante pour notre pays et pour le commerce maritime. Nous devons être en mesure de tenir les obligations commerciales qui nous lient à notre voisin du sud, et c'est le but de cette étude »6. Donc, dans l'ensemble, nos élus fédéraux semblent être très préoccupés par l'aspect économique entourant cette affaire. Quant à eux, les impacts environnementaux ne semblent pas peser lourd dans la balance lorsque vient le temps de discuter « business », surtout lorsqu'on sait que les Américains ne s'inquiètent pas trop des contraintes environnementales. Pour l'instant, ce projet d'envergure demeure en suspend, probablement parce que ces initiateurs ne veulent pas faire de bruit. Cependant, l'élection d'un gouvernement canadien conservateur qui veut s'allier le gouvernement américain peut favoriser la réalisation de ce projet. D'autre part, on peut se demander si ce projet de dragage, mené par l'armée américaine, pourrait cacher autre chose que le transport de marchandise par Panamax, par exemple la circulation de porte-avions ou de missiles vers le nord du continent dans le but de le sécuriser. Gardez les yeux et les oreilles ouverts!
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