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Douze stades olympiques de déchets

Douze stades olympiques de déchets

Photo: David Leblanc



Jeudi le 15 mars 2007
La «cratie» des gérants de vidange
par Guims

J'viens d'Lanaudière, «la région verte» comme on la surnomme. Mais j'l'appellerais plutôt «la région brune». En fait, tout dépend du bout d'où tu proviens : des verts terrains gazonnés de Repentigny-by-the-Sea ou des terres à cochons de St-Gabriel-de-Brandon. Quand j'évoque le nom de ma région natale, on me demande souvent «de yousse que cé ça Lanaudière ?» Pis moi, en tant que fier ambassadeur de la région créatrice de la ceinture fléchée, ça m'fait toujours un immense plaisir de leur expliquer toute l'histoire. Y'a même pas trente ans, Lanaudière, ça existait pas. On faisait partie de la grande région des Laurentides. Mais fallait se rendre à l'évidence, on a toujours fait les choses différemment.

Vous savez, Lanaudière et les Laurentides c'est un peu l'arrière-cour de Montréal et de son obèse banlieue. Tellement obèse que ses bourrelets urbains débordent de plus en plus de la ceinture hydrique de ses culottes. Justement, c'est probablement dans son rapport avec la Métropole que les deux régions se distinguent le plus ; tandis que les Laurentides accueillent les touristes de Montréal, nous autres, on accueille leurs poubelles. Remarquez, y'a certains optimistes dans l'coin qui disent que les déchets c't'aussi payants qu'les touristes, mais au moins, on a pas besoin de leur voir la face. C't'un point de vue.

D'ici un quart de siècle, y'aura plus de 30 millions de m3de déchet enfouis par EBI à St-Thomas-de-Joliette et 40 millions de m3 par BFI à Lachenaie. C'est-à-dire une quantité toute à fait extravagante, pour une région qui produit moins du quart de ces vidanges empilées. «Grosso modo, année après année, c'est la même histoire : tout près de 80% des déchets enfouis dans notre région proviennent de l'extérieur», dénonce Gilles Côté, directeur du Conseil régional de l'environnement de Lanaudière. On croit cependant que la population de goélands sera en pleine effervescence pendant cette même période, la proportion d'êtres vivants sur le territoire versus la quantité de déchets va donc se rééquilibrer naturellement. Y va y avoir aussi plus de méthane dans l'air. Parlant de gaz toxique, quand les inspecteurs du ministère de l'environnement se sont rendus à Lachenaie pour mesurer si l'on captait bel et bien le biogaz comme la loi le prescrit, y se sont rendus compte que l'entreprise dépassait de 400 fois la norme1.

Dans le cas de la dump de St-Thomas-de-Joliette, le promoteur travaille le gouvernement du Québec depuis environ cinq années afin d'agrandir considérablement sa surface de 9 à 30 millions de m3. Y paraît que c'est payant gérer ça. «Environ 1 million de $ de profit par employé par an affecté aux opérations», évalue M. Côté, visiblement du mauvais côté du conflit étant donné le peu de budget dans la décoration de son bureau plaqué en pré-fini.

Parlant de cash, y'a les agriculteurs riverains du dépotoir qui s'inquiète de plus en plus de cette malencontreuse situation. «J'irrigue à partir de l'eau qui s'accumule de la nature. Si c'est contaminé, c't'une perte totale ici», explique Daniel Coutu de la Ferme Daniel Coutu ayant déjà perdu des employés quittant les champs pour cause d'odeurs nauséabondes. «Et quand il pleut, les mouettes viennent faire leurs besoins dans mes canneberges. C'est l'enfer.» Comme les deux activités semblent inconciliables, va falloir choisir : la gestion de vidange ou l'agriculture/agro-tourisme.

Malgré la mobilisation populaire contre ce monstrueux projet, ainsi que les nombreux témoignages et cris du coeur que l'on peut retrouver dans le cinglant rapport du BAPE à ce sujet, le Sinistre de l'Enfouissement durable, de l'Approvisionnement et de la Vente de parcs a aveuglément alloué son appui à l'entreprise EBI et a fait la sourde oreille à la population. Les MRC de d'Autray et de Joliette s'apprêtent donc à recevoir l'équivalent de douze stades olympiques remplis de vidange sur leur territoire, dont la majorité provenant de la Communauté Métropolitaine de Montréal. M. Béchard - le sourd et aveugle, mais malheureusement non-muet - influencé par ses puissants amis, voit en la vidange un avenir plus vert et plus prospère pour Lanaudière.

Dites moi, que reste-t-il du mot «démocratie» si la voix du peuple n'est plus écoutée ? La «cratie». Et qui a la réelle «cratie» dans ce type de dossier ? Les grands capitalistes de la gestion de vidange. Et ils connaissent la game ! Si vous le voulez bien, M. Sylvestre, président de la compagnie EBI, vous explique en direct, à la radio de Radio-Canada, comment franchir les douanes du Costa Rica «à la bonne vitesse»2.

Le gouvernement crée actuellement des monstres et un jour sera dépassé par l'ampleur du gâchis. On en reparle dans 25 ans. C'est-à-dire quand les actuels contractants et politiciens seront tous à leur retraite. D'ici là, pendant que les déchets se putréfient et que les mouettes virevoltent, je vous suggère de vous procurer le DVD du film Douze stades olympiques pleins d'vidange des environnementalo-capitalistes Productions Sent Sur (www.sentsur.com). Bonne consommation.

Guims de Lanaudière, la «région brune lexiviat»

    Références :
  • Charles Côté, «La pollution fracasse la norme au dépotoir de Lachenaie», La Presse, 8 février 2006
  • Archives Radio-Canada, «Des entrepreneurs canadiens en Amérique latine», www.radio-Canada.ca, novembre 2002

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COMMENTAIRES (2)

#1/2
Lundi le 26 mars 2007 à 18:35:28
Un calcul fort simple
par Guims

Salut Siclus.
"Tu penses pas que c'est fort 12 stades olympiques ?" Non. Ce sont les acteurs de ce dossier qui utilisent l'image des douze stades olympiques remplis de vidange. Ils ont tout simplement divisé le volume de déchets qui sera admis par la capacité du volume du stade olympique de Montréal. ça donne 12.
En ce moment, le gouvernement du Québec accorde des capacités énormes d'enfouissement à ces grands capitalistes du déchet. S'en suit naturellement la promotion de la vidange : l'offre est immense ; les prix sont bas ; on crée une demande.

#2/2
Mercredi le 21 mars 2007 à 07:51:15
Cachons nos déchêts chez voisins!
par Siclus

ça prend ben la banlieue pour polluer nos belles contrées... Mais tu penses pas que c'est fort 12 stades olympiques ?

Tou cas! Jaime ben ta manière d'écrire!





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Dernière mise à jour : 06-02-2008 à 00 h 11