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Forêt coupée à blanc

Forêt coupée à blanc

Photo: Tomy Grenier



Dimanche le 14 janvier 2007
C'est maintenant le temps d'agir pour l'avenir de notre forêt
par Jean-François Desjardins

Tout ce débat forestier auquel nous assistons présentement a été déclenché par le réveil de la conscientisation de la population au sujet des pratiques forestières exercées dans nos forêts québécoises. C'est avant tout le film l'Erreur Boréale de Richard Desjardins qui a alimenté cette conscientisation et qui a engendré l'effet de masse vis-à-vis la mauvaise gestion forestière. Les futurs gestes à poser doivent absolument passer par une acceptabilité sociale. Il est évident qu'il faut évoluer tout en apportant des améliorations à la façon de penser l'exploitation forestière déjà établie. Il importe d'innover et de trouver de nouvelles façons de faire. La population québécoise projette des valeurs au sujet d'un idéal forestier qui peuvent parfois paraître extrémistes, mais qui sont nécessaires afin de changer vraiment les choses. La révolution de Richard Desjardins peut également paraître extrémiste aux yeux des forestiers, mais est-elle peut-être nécessaire afin de réaliser l'ampleur d'une gestion basée uniquement en fonction de la récolte de la matière ligneuse? Cette question est de plus en plus soulevée par les jeunes forestiers qui ont été formés en plein cœur de cette fameuse crise forestière.

C'est une nouvelle ère forestière qui débute. Celle-ci est très bien comprise par les ingénieurs forestiers gradués, conscients et prêts à améliorer les choses, alors qu'elle force le vétéran ingénieur forestier à réorienter sa mentalité. Le changement ne doit pas se faire radicalement mais bien graduellement. C'est maintenant qu'il faut agir par une concertation et une conciliation de tous les acteurs du milieu forestier. Il ne faut pas prendre cette présente crise forestière comme un obstacle, mais plutôt comme un effet de catalyseur permettant d'adopter, dès maintenant, de nouvelles manières de gérer la forêt du Québec.

Ces nouvelles façons de faire doivent être basées sur l'intégration des aspects sociétal, écologique et économique. L'une des meilleures approches est identifiée sous le terme d'« aménagement écosystémique ». Il s'agit d'« une stratégie qui considère tout l'écosystème comme l'unité fonctionnelle de base à aménager dont toutes les techniques et stratégies d'aménagement sont évaluées en fonction de leurs conséquences sur l'écosystème dans son ensemble »1.

La gestion de nos forêts, sous le principe de l'aménagement écosystémique, doit s'intégrer aux deux régimes de pensées, c'est-à-dire faire du neuf avec du vieux et faire du neuf avec du neuf. Effectivement, il est essentiel dans toute réorientation et évolution de considérer les choses qui ont été faites dans le passé. Sans quoi il nous serait impossible de progresser. Également, lorsque nous parlons seulement en termes de pratiques forestières, il est certain que nous devons façonner les anciennes pratiques sans toutefois les éliminer complètement puisque l'exploitation faite de la forêt, c'est-à-dire orientée uniquement vers la matière ligneuse, est très profitable économiquement. La question que nous devons poser et à laquelle il faudra répondre prochainement est : Comment être tout autant économiquement rentable en exploitant différemment la forêt?

Pour atteindre le but visé, davantage tourné vers la gestion écosystémique, nous devons approfondir notre champs d'expertises, non seulement vis-à-vis la matière ligneuse mais encore plus vis-à-vis toutes les autres ressources naturelles de la forêt. C'est à ce stade-ci que l'option de faire du neuf avec du neuf entre en jeu. L'innovation par la recherche est le moteur de cette nouvelle foresterie. Sans cette innovation, il sera impossible de voir la foresterie québécoise s'épanouir. Il ne faut pas penser seulement en termes de récolte forestière de première transformation, mais aussi en termes de 2 et 3 transformations. L'aspect économique peut évoluer vers autres choses que la matière ligneuse. La forêt est pleine de ressources. C'est à nous de bien l'exploiter.

Afin d'être acceptable socialement, il faut remédier à l'image négative du forestier. Nous devons retrouver la confiance de la population envers notre gestion et nos pratiques.

Il faut bien informer la population de ce qu'est vraiment la foresterie. Une meilleure vulgarisation du jargon forestier lui permettra de mieux comprendre. Il faut valoriser le milieu forestier pour assurer la relève et l'innovation, donc conséquemment, évoluer dans ce domaine.

Il est certain qu'en se tournant vers une gestion écosystémique nous devrons prendre des risques et en payer possiblement le prix, par exemple par la fermeture d'usines. Cependant, c'est en développant et en élargissant notre marché de l'exploitation des ressources forestières que nous pourrons en retirer des bénéfices considérables. Nous devons innover vers de nouveaux produits et de nouvelles pratiques forestières, car la compétition mondiale est de plus en plus féroce; pensons par exemple à la Chine. Nous ne sommes plus les leaders forestiers mondiaux comme auparavant. C'est maintenant qu'il faut changer les choses pour espérer une nouvelle prospérité économique du milieu forestier. L'expression « il faut battre le fer pendant qu'il est chaud » vient appuyer cette idée afin d'espérer un proche avenir positif pour la foresterie québécoise.



Notes:
1. CÔTÉ, Marc. Ordre des ingénieurs forestiers du Québec. Dictionnaire de la foresterie, 2003, page 14.

Références :
1. http://www.commission-foret.qc.ca/rapportfinal.htm

2. Notes de cours de Problématique forestière du Québec, FOR-16014, Université Laval, hiver 2006.

3. CÔTÉ, Marc., Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, dictionnaire de la foresterie, 2003, 744 pages.

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Dernière mise à jour : 06-02-2008 à 00 h 11