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Fête Nationale Photo: Barthélémy Boisguérin Dimanche le 14 janvier 2007 Une économie de colonie pour les colons par Tomy Grenier Le Québec a vaincu la Révolution tranquille. Enfin les Québécois et les Québécoises sont maîtres chez eux ! C'est ce que l'on scande haut et fort depuis ces années de gloire québécoise. Foutaise ! Certes nous avons gagné des points et nous semblons contrôler ce qui se passe sur notre terrain. Mais à qui appartiennent ces compagnies qui roulent sur l'or ? Qui fait vraiment les profits ? Pour répondre à ces questions faisons un portrait grossier et rapide du développement du marché en sol québécois. D'abord et avant tout, le Québec était la Nouvelle-France, une colonie de la France, et son marché était ainsi dépendant de la France, sa métropole. Il était l'équivalent d'une « cour à ressources naturelles » qu'on envoyait, après une première transformation, à la France. Sous le joug des Anglais, après la Conquête, rien n'a vraiment changé sur ce plan. Combien d'arbres ont servi à fabriquer les mâts, les bateaux, et les journaux ? Combien de minerais sont envoyés en lingot à l'extérieur pour être transformés en produits finis et être revendus ici ? Au lendemain de la Confédération de 1867 et pendant plus d'un siècle, à qui ces ressources naturelles froidement épuisées ont-elles continué de profiter ? Et c'est sans mentionner les ressources qui ont été utilisées durant les deux guerres... À combien d'intérêts étrangers Duplessis a donné nos terres et nos ressources en échange d'emplois précaires et de quelques routes ? Voilà qu'arrive la fameuse Révolution tranquille. Effectivement, la société québécoise, menée par l'emprise du clergé et d'une minorité anglaise, avait tout à faire pour se construire une société et une économie qui répondait à ses besoins de façon profitable. Avons-nous réussi ? Oui maintenant des francophones accèdent aux hauts postes des entreprises. Oui le Québec possède ses propres entreprises. Mais le Québec fonctionne malheureusement encore comme une pauvre colonie qui travaille à fournir à « sa métropole » des matières premières de première et tout au plus de deuxième transformation. Toutefois, la métropole est désormais le monde et, plus précisément, les États-Unis et le Canada anglais. Qui possèdent les grands marchés du Québec ? Quelles compagnies s'occupent de notre bois en général ? Quelles entreprises exploitent nos mines ? Quels intérêts s'occupent de nos épiceries ? À qui donnons-nous notre eau potable pour ensuite l'acheter en bouteille ? L'eau et l'hydroélectricité sont aussi des exemples concrets et récents de notre manie à faire l'économie comme des « colons ». Prenons d'abord Hydro-Québec. Vous l'avez sans doute remarqué, Hydro est en campagne depuis quelques années pour « mieux consommer ». Pourquoi ? Manquons-nous de « jus » dans nos barrages ? Serait-ce qu'enfin une grande entreprise s'avoue « écolo » ? Ou serait-ce que l'on veut avoir plus de réserve d'électricité pour en vendre plus amplement aux États-Unis et dans le reste du Canada ? Privons-nous, Québécois et Québécoises, de notre ressource, augmentons-nous la facture d'électricité et vendons-en plus à l'étranger. Dérivons le fleuve Rupert – effectivement, c'est un fleuve et non une rivière – pour vendre la plus grande partie de cette nouvelle portion d'électricité à l'étranger! Le cas de l'eau est possiblement celui qui doit tout rafler dans le palmarès de la bêtise de l'économie québécoise. D'abord détenu par des intérêts étrangers, l'eau à vocation commerciale est donnée aux compagnies. Outre que quelques emplois et de minimes taxes, ces entreprises n'ont, en général, que leurs installations à payer. Bien entendu, c'est sans parler des exemptions d'impôts. Et comble de l'ironie, nous achetons et nous payons cette eau embouteillée et ce, sans que ces compagnies paient une quelconque redevance. Plus ironique encore, ces gens prêts à payer 1 à 2$ la bouteille seront les premiers à lever les boucliers contre une hausse des taxes municipales visant à assurer une bonne qualité d'eau dans nos robinets. Ce ne sont que quelques exemples, mais pratiquement tous les grands marchés sont ainsi au Québec. Surtout en ce qui a trait à nos ressources. Le Québec est donc un marché, une réserve, à qui l'on prend ses ressources qu'on transforme et qu'on revend une fois rendu des produits finis. Les exportations globales étaient d'environ 38% du PIB au Québec en 1999 dont plus de 85% allait aux États-Unis1. En 2005, c'était toujours aussi élevé : 52% du PIB au Québec dont environ 82 % allait toujours aux États-Unis2. Somme toute, le Québec, bien que la Révolution tranquille ait donné une place aux Québécois dans son économie, a encore beaucoup de travail et de changements à apporter dans sa façon de faire économiquement. Bien qu'il semble tendre à diversifier ses exportations, il n'en reste pas point qu'il continu à exporter de plus en plus et que l'ensemble des gros marchés ne lui appartient toujours pas. Allez faire votre épicerie, par exemple, et notez ce qui provient d'ici (FABRIQUÉ au Québec et non ACHETER au Québec). Le Québec devra donc sortir de cette vieille économie qui, malgré lui, le tient toujours en quasi-dépendance du capital étranger et qui ne lui permet pas de détenir de réels pouvoirs quant au sort de ses ressources naturelles. Le Québec doit et devra aussi essuyer les conséquences des abus de ces entreprises, établies sur son territoire, sans que celles-ci n'en aient payé aucune redevance substantielle. La Révolution des années 1960 était belle et bien tranquille... Profitable ne signifie pas seulement une rentrée excessivement d'argent pour quelques-uns, mais pour tous; y compris les futures générations. La raréfaction de la plupart des ressources naturelles du Québec – et du Monde – ne semble être le résultat d'une exploitation responsable et profitable! Il ne nous reste plus qu'à vérifier si les nouvelles mesures pour responsabiliser les entreprises seront efficaces. Quoique les dégâts sont déjà commencés... |
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