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Photo à venir... Jeudi le 15 mars 2007 Les pensionnats pour Amérindiens : tentative de «génocide culturel» par Marie-Line Audet Dès le XVIIe siècle on institue, partout au Canada à l'exception de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick et de l'Île du Prince-Édouard, des écoles pour Amérindiens dirigées par l'État et/ou par l'Église. Les techniques et les objectifs d'apprentissage y prirent une toute autre forme que celle de l'enseignement traditionnel autochtone : on visait tout d'abord, par l'éducation religieuse de la culture européenne, la «civilisation» ou même l'acculturation des Amérindiens que l'on nomme alors «sauvages». Tout d'abord, «conformément à l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB), l'éducation ressort aux provinces, tandis que les Amérindiens relèvent de la compétence du gouvernement fédéral»1. Ainsi, on confie au gouvernement fédéral la mise en place d'écoles dans les réserves amérindiennes qui, souvent, ce sont avérées être les maisons d'enseignement qui existaient déjà dans les missions de diverses Églises, catholique romaine, presbytérienne, unie et anglicane. On laissa donc aux religieux le soin d'administrer l'éducation des enfants autochtones. Cette situation demeure jusque dans les années 1960 où la sécularisation croissante de la société canadienne amène la laïcisation des établissements scolaires. Ottawa, présentant d'abord et avant tout un désir de «civiliser» les peuples autochtones du Canada, favorise l'établissement d'internats plutôt que d'externats afin d'éloigner les enfants de leur communautés et familles. Deux types d'écoles émergèrent. D'une part, il y eut les pensionnats qui étaient généralement localisés dans les réserves et qui recevaient les enfants de 8 à 14 ans. D'une autre part, il y eut les écoles professionnelles industrielles qui étaient situées à l'extérieur des réserves, près des centres habités par les Blancs. Dans ces écoles, on développe un programme à mi-temps où les enfants alternent entre l'enseignement élémentaire et la pratique de l'agriculture ou de quelques métiers. Ce type d'école connu une expansion rapide dans les années 1880 et 1890. Toutefois, la croissance des coûts que ce type d'enseignement amène, la déficience de l'administration de ces écoles et les accusations de mauvais traitements qui commencent à être émises favorisent l'abandon graduel du programme. Aussi, on estime que l'enseignement professionnel des Amérindiens et une perte de temps puisque ceux-ci ne possèderaient pas «le dynamisme physique, mental ou moral»2 nécessaire à la compétition avec les Blancs sur le marché du travail. Par conséquent, au tournant du XXe siècle, on se concentre davantage sur les pensionnats et les externats. Au début, l'instruction n'est pas obligatoire, c'est l'Agent des «Sauvages», fonctionnaire établi dans les réserves amérindiennes, qui fait pression au sein des familles pour que les enfants soient envoyés dans les écoles. En 1894, suite à un amendement à la Loi sur les Indiens de 1876, la présence des enfants sur les bancs d'école devient obligatoire. Ensuite, vers 1930, le gouvernement élargit ses pouvoirs en obligeant, avec l'accord de l'Agent, les enfants Amérindiens de rester dans les pensionnats jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de 18 ans. Le nombre d'élèves inscrits dans les écoles pour Amérindiens augmenta grandement, passant de 2 228 en 1928-1929 à 17 163 en 19323. Ainsi, la fréquentation scolaire atteint 75% des enfants Amérindiens de 7 à 15 ans en 19304. Au cours des années 1940, la fréquentation de ces écoles fut élargie aux enfants inuits. De plus, même si le gouvernement fédéral ne reconnaissait aucune responsabilité dans l'éducation des enfants métis puisqu'ils n'avaient pas le statut d'Indien inscrit, il faut souligner que de nombreux adolescents métis ont été inscrits à la dérobée par les Églises5. La qualité de l'enseignement donné aux jeunes Amérindiens dans les pensionnats et dans les externats était, dans la plupart des cas, exécrable. En fait, l'importance accordée aux travaux pratiques et à l'éducation religieuse est telle qu'elle laisse peu de temps aux apprentissages purement académiques. Ainsi, plusieurs élèves sortiront de ces écoles analphabètes. En 1930, on estime que le trois quart des élèves inscrits dans ces écoles ne sont pas plus scolarisés que le niveau de troisième année du primaire et seulement 3% des élèves ont dépassé la sixième année6. De plus, les mesures pédagogiques ainsi que le contenu de l'enseignement, orientés selon la culture ou la religion européennes, sont développés sans égard pour la culture amérindienne. En fait, les Autochtones ne peuvent exercer aucune autorité sur l'éducation de leurs enfants puisque ceux-ci sont éloignés d'eux. Ainsi, il est interdit aux enfants, dans ces écoles, de parler leur langue maternelle ou d'exercer leurs pratiques religieuses traditionnelles. Les religieux les habillent à la façon des Blancs, les nourrissent de mets étrangers, leur coupe les cheveux courts, etc. De plus, de nombreuses enquêtes ont démontré, hors de tout doute, que l'on usait fortement de la violence dans ces écoles, surtout dans les pensionnats. Les élèves subirent des sévices physiques, sexuels et mentaux pendant de longues années d'internat. De nombreux témoignages font écho de toutes sortes d'horreurs : malnutrition, châtiments corporels, viols, harcèlement psychologique, etc. Il y eut même de nombreux décès dans ces institutions, bien que plusieurs soit reliés à des épidémies de tuberculose ou autre, bien d'autres laissent planer un doute sur les responsables de ces écoles. D'ailleurs, des accusations de mauvais traitements ressurgissent de temps à autre et vont devenir très fortement répandus suite aux évènements relatifs à la crise d'Oka en 1990. Devant l'échec du régime de pensionnats et suite aux enquêtes parlementaires précédant la révision de la Loi sur les Indiens en 1951, on proposa de favoriser l'intégration des enfants Amérindiens dans les réseaux publics d'éducation. En conséquence, dans les années 1970, la plupart des pensionnats cessèrent leurs activités. La dernière de ces écoles ferma ces portes en 1996. C'est aussi en 1970 que fut crée l'école de Blue Quills en Alberta qui devint la première école administrée par une bande amérindienne. En fait, les Autochtones revendiquent, et ce depuis le début du XXe siècle, la liberté de gérer eux-mêmes leurs propres maisons d'enseignement. Aujourd'hui, le gouvernement canadien encourage fortement les bandes à gérer les écoles des réserves. Aussi, depuis une vingtaine d'années, on a élaboré, dans plusieurs provinces, des programmes d'apprentissage destinés à faire la promotion et l'enseignement des langues et des cultures autochtones. Plusieurs enquêtes ont été menées ces dernières années, pour connaître les effets des pensionnats sur les pensionnaires eux-mêmes, mais aussi sur leur communauté. Ainsi, plusieurs procès sont en cours ayant attrait à des allégations de sévices physiques et sexuels, mais également à des allégations relatives à la perte de la culture, à la perte de conditions d'accès à l'éducation, à la séquestration, etc. Selon les estimations, plus de 80 000 ex-pensionnaires vivent toujours aujourd'hui7. On note chez ces personnes un taux élevé de suicide, des abus fréquent d'alcool ou de drogue ainsi qu'une santé physique et mentale chancelante. Récemment, le gouvernement fédéral ainsi que les Églises ont reconnu leur responsabilité dans les sévices qui furent faits aux enfants autochtones de diverses générations. Ainsi, en 1998, la Commission royale sur les peuples autochtones a annoncé la création d'un fonds de guérison de 350 millions de dollars pour remédier aux séquelles des sévices subis dans les pensionnats amérindiens. Néanmoins, plusieurs sont d'avis qu'il n'y a rien à faire pour «effacer» les effets de cette tentative de «génocide culturel» sur la population amérindienne du Canada.
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