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Valeurs et économie Photo: Tomy Grenier Dimanche le 14 janvier 2007 Culture, valeur et développement économique par Dominic Leblanc Ronald Inglehart, un penseur contemporain assez bien connu dans le domaine socioéconomique et sociopolitique, s'est fortement intéressé aux valeurs culturelles présentes à l'intérieur de différentes sociétés. En se questionnant à ce sujet, il en est arrivé à la conclusion que les valeurs d'une société suivent un processus « évolutif » lequel est déterminé par le stade de développement matériel de cette même société. Selon lui, les valeurs d'une société sont en lien direct avec le degré de satisfaction des besoins primaires des individus qui habitent cette société. Il y aurait trois grandes catégories et par le fait-même trois grandes étapes de développement de valeurs culturelles qui peuvent habiter une société. D'emblée, dans les sociétés dites traditionnelles, la lutte pour la survie y est constante. La vie économique y est instable, le sentiment de pénurie ou de famine est constamment à l'horizon. Dans cette perspective, les valeurs prônées sont, par exemple, la productivité (produire beaucoup puisque la pénurie est à l'horizon), l'épargne (pour les temps difficiles), etc. Bref, toutes les valeurs de la société sont celles qui tendent de répondre aux besoins primaires : survivre, se nourrir, se loger. Avec l'entrée dans la modernité et le développement économique qui lui est relié, les besoins primaires deviennent de plus en plus faciles à combler. Ce qui devient désormais la volonté des individus n'est plus simplement de combler ses besoins primaires mais d'atteindre un certain degré de sécurité. Les valeurs de la société deviennent alors orientées vers la « sécurité » : accroissement économique, enrichissement et investissements. Le troisième stade est celui qui intéresse le plus fortement Inglehart et qui fait également de celui-ci le plus original. Tout comme le passage aux valeurs « modernes » se fait lorsque les besoins primaires sont comblés, le passage aux valeurs « post-matérialistes » (le terme est de l'auteur) s'effectue lorsque l'ensemble des besoins matériels d'une société est satisfait. Inglehart donne comme exemple l'époque des Trentes Glorieuses1 en Occident. Les valeurs modernes et matérialistes des sociétés occidentales ont pu être comblées et ainsi celles-ci sont passées au stade des valeurs post-matérialistes : émergence des environnementalistes, respect des individus, lutte à la pollution, libération des femmes, affirmation de l'homosexualité, etc. Il est facilement possible de critiquer la valeur sociologique et historique de tels propos simplificateurs sur plusieurs points, notamment en ce qui a trait à la vision clairement évolutionniste et déterministe de ces affirmations. Cette classification des besoins sociaux primaires, secondaires et tertiaires rappelle drôlement la pyramide des hiérarchies des besoins de l'Homme de Maslow, pyramide assez bien connue en psychologie. Néanmoins, il faut rendre à César ce qui appartient à César et féliciter Inglehart sur quelques aspects. En effet, quelques aspects de ces affirmations doivent être jugés importants pour comprendre les affrontements contemporains. Premièrement, cette perspective semble permette de saisir en partie ce qui se passe côté environnement, notamment dans le processus qui a mené à l'accord de Kyoto. À la lumière de ce qui vient d'être dit, comment serait-il possible de reprocher à des pays en « voie de développement » de ne pas vouloir participer à l'effort de la lutte pour réduire la pollution? Inglehart répondrait probablement que c'est justement parce que ces pays ne peuvent pas combler leurs besoins primaires et matériels qu'ils ne peuvent pas accéder au stade des valeurs post-matérialistes. Ces propos, loin d'être simplistes, apparaissent assez pertinents. En effet, comment une société dans laquelle les individus ne mangent pas à leur faim et ont de la difficulté à se loger pourrait-elle vouloir défendre des idéaux environnementaux? Cette perspective vient s'ajouter à la critique qui affirme que les problèmes que l'Occident tente de régler avec ses valeurs « post-matérialistes » (environnement, réduction des inégalités sociales) sont justement ceux qu'il a créé au stade des valeurs matérialistes (développement économique à tout prix). Dans la même optique, le modèle de développement économique de l'Occident repose en grande partie sur l'exploitation des autres régions du Globe et est institutionnalisé par le principe de logique du marché. En ce sens, il va sans dire que le développement des valeurs dites « post-matérialistes » en Occident s'est effectué grâce à la conservation des valeurs matérialistes, voir traditionnelles du reste du Globe. Le stade « supérieur » des valeurs de l'Occident prend appui sur les valeurs « inférieures » des autres régions. Ce qui serait important de retenir, c'est que le développement des valeurs dites « post-matérialistes » ailleurs qu'en Occident ne peut se faire que s'il y a développement économique dans ces mêmes régions. Simplement, suivant la logique d'Inglehart, il y aura la « dictature des valeurs post-matérialistes » que lorsque toutes les sociétés auront atteint un stade de développement économique assez important leur garantissant sécurité, confort et croissance. Un message à l'Occident? Note: 1. Découpage d'une période économique particulièrement prospère en Occident s'étendant plus ou moins de 1945 à 1975. Si vous êtes intéressez par les idées de Inglehart: INGLEHART, Ronald, La transitition culturelle dans les sociétés industrielles avancées, Paris, Économica, 1993, 572 p. |
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